Tout d’abord, permettez que je remercie mon cher collègue, Athanase Jeanne-Rose de m'avoir fait l'honneur de placer sous ma présidence, l'édition 2010 de la fête patronale de Saint-Joseph. Je tenais par ces premiers mots à témoigner à la population Joséphine de toute la joie qui m'habite depuis mon arrivée parmi vous. Merci encore pour votre accueil. Je voudrais vous dire tout le plaisir que j'ai à partager avec vous ces nombreux échanges amicaux et très enrichissants. C'est une véritable cure de jouvence que de me retrouver pour ces quelques jours au sein même du « cœur vert » de la Martinique.

Je voudrais également témoigner d'une reconnaissance toute particulière à l'équipe en charge de l'organisation de ces festivités pour sa disponibilité et son dévouement.

Chers amis Joséphins, Chères amies Joséphines, je profiterai de ces propos liminaires pour vous transmettre les salutations chaleureuses et fraternelles de la population de Deshaies et de son Conseil municipal.

Chère population Joséphine, chers amis de la Martinique, la population de Deshaies gardera encore longtemps en mémoire les premiers échanges initiés au mois de mars dernier entre les communes de Saint-Joseph et de Deshaies.

Il m'est particulièrement agréable de vous annoncer que la commune de Deshaies s'attelle depuis une dizaine de jours a conduire une réflexion sur le choix des femmes et des hommes qui poursuivront les échanges que nos deux collectivités ont initié sur un très audacieux projet de jumelage. 

Un projet de jumelage qui s'inscrit dans une perspective de développement de liens d'amitié et de fraternité de plus en plus étroits entre nos deux iles.

Je m'engage à apporter une attention toute particulière à l'aboutissement de ce projet. En ma qualité de caribéenne convaincue et engagée dans la plupart des initiatives qui pourraient permettre de libérer l’immense potentiel non encore révélé de  notre environnement caribéen, je regrette tout de même que la coopération antillaise, préalable a une coopération régionale réussie, ne soit pas plus aboutie.

En raison de nos responsabilités politiques, nous élus, sommes dans l'obligation de devoir montrer l'exemple en commençant par entreprendre des actions visant a rapprocher nos deux iles sur des problématiques communes.

Je veux parler de complémentarité dans l'offre touristique, du renforcement des échanges sur les grands dossiers de l'agriculture (banane, reforme de l'O.C.M sucre, révision des quotas pour la commercialisation du rhum, le développement des cultures vivrières...).

Je veux aussi citer le renforcement de la compétitivité de nos entreprises a travers la mutualisation des moyens de nos réseaux consulaires pour accompagner les entreprises antillaises a l'international dans l'accès aux marches soumis a appels d'offre... et, je pourrais encore citer de nombreux exemples en matière de prévention des risques naturels majeurs, de sante, de culture...

De même qu'au niveau communal, de prime abord, il semblerait improbable de devoir sceller un projet de jumelage entre la « pépite touristique » de la Guadeloupe, qu'est la commune de Deshaies et le « cœur vert » de la Martinique, que constitue la commune de Saint-Joseph. Au risque de surprendre les plus perplexes, de nombreux projets de coopération voire même d'étroite collaboration a l'échelle européenne, pourraient très vite se concrétiser.

Je pense aussi à des actions de collaboration spontanées sur le traitement de certaines problématiques administratives ou encore à des échanges sportifs et culturels voire même d'échanges d'expériences sur le développement de l'agriculture de montagne, notamment en mettant en corolaire la gestion de l'irrigation. Nous pourrions même aller encore plus loin  en collaborant a l'émergence de politiques locales innovantes en matière de tourisme durable et de tourisme de montagne.

Nous le voyons bien, nous avons bien plus de raisons d'être ensemble que de continuer à fonctionner de manière isolée, chacun de notre coté, en regardant l'autre de manière circonspecte en se questionnant en guise de toute finalité, mais finalement, lequel du frère ou de la sœur antillais est le plus « assimilé », au sens assimilationniste politique du terme.

Je dois le concéder, cette résurgence est liée à l'évolution de l'histoire politique postcoloniale des deux départements.

De la loi de départementalisation du 19 mars 1946 dont le rapporteur fut Aime CESAIRE, deux idéologies politiques se sont singulièrement distinguées. L'une en Martinique qui consistait à revendiquer une autonomie politique visant à transformer les départements d'outre-mer en régions fédérales dans le cadre d'une union française fédérée. L'autre, en Guadeloupe, tirant parti de l'égalitarisme républicain – auquel d'ailleurs prétendait une grande majorité d'antillais – consiste à inscrire la société antillaise dans le grand ensemble français.

Chers amis de la Martinique, n'attendez pas de moi que j'ouvre ce débat que vous venez, il y a juste quelques mois, de refermer. Je conclurai sur ce propos en soulignant qu'une idéologie est un système de pensée cohérent avec lui même mais pas forcement avec la réalité du moment.   

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, en évoquant plus haut dans mon intervention l'année 1946, un rapprochement avec le thème de votre fête patronale m'est venu à l'esprit. En 1946, le préambule de la constitution posait le principe de l'égalité des droits entre hommes et femmes.   

A l'instar de la loi de départementalisation du 19 mars 1946 qui a accordé l'accès a de nouveaux droits aux populations originaires des Antilles, le principe constitutionnel d'égalité entre les hommes et les femmes a marqué une étape importante dans l'histoire des droits des femmes en France. 

D'ailleurs, forte d'une égalité civique enfin acquise, en 1949, Luce LEMAITRE fut la première femme élue Maire en Martinique.

A force de lutte et de détermination et grâce à la hargne que nous leur connaissons, les femmes ont conquis une place essentielle dans tous les domaines de la vie économique, en créant des entreprises, en innovant, en prenant des risques, en prouvant leur talent à des postes de direction dans des métiers qui ont souvent été réservés uniquement aux hommes.

Les femmes jouent également un rôle essentiel dans le renforcement de la cohésion de notre société. Je voudrais profiter de l'occasion pour adresser publiquement mes félicitations à Sandrine MICHALON, une jeune martiniquaise de 36 ans récemment nommée dans son département d'origine, sous-préfet délégué a la  cohésion sociale et à la jeunesse.

Ces progrès sont certes mesurables mais il reste de nombreux domaines dans lesquels il faut aller plus loin. La famille demeure l’espace réservé des femmes et la division sexuelle du travail cantonne encore les femmes dans les tâches domestiques. Si on entend par travail domestique « l’ensemble des travaux qui concourent à l’entretien et au bien-être des membres du ménage », l’INSEE constate que les femmes réalisent les 2/3 de ces tâches.

En effet, un homme travaillant à plein temps passe en moyenne 10 heures par semaine au travail domestique, une femme dans une même situation plus de 30 heures. Les hommes passent 5 fois plus de temps que les femmes à l’entretien du véhicule, au bricolage, au jardinage et à la sortie du chien. Par contre, les femmes passent 5 fois plus de temps à la cuisine, à la vaisselle, 3 fois plus de temps aux courses, au repassage, à la lessive et à l’éducation des enfants.

Aujourd’hui, les femmes “modernes” qui travaillent sont donc toujours responsables de la charge domestique et cumulent une double journée de travail voire une triple : leur travail, les tâches domestiques et l’éducation des enfants.

De plus, au-delà du déséquilibre dans les rapports au sein du cercle familial, l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas reconnue partout dans notre pays et n’est pas toujours inscrite dans la réalité sociale et professionnelle. Or, une société qui ne fait pas toute leur place aux femmes, une société qui ne protège pas les femmes de la violence et des discriminations, c’est une société qui ne peut pas avoir confiance en elle et en son avenir.

Fort heureusement, les mentalités évoluent. Les hommes s’investissent plus dans la cellule familiale et les tâches entre hommes et femmes tendent à être mieux réparties. A juste titre d’ailleurs, la famille doit redevenir le berceau de l’épanouissement de l’enfant. La mère et le père doivent participer de manière égale à l’éducation de l’enfant.

Et puis, après tout, chaque femme aurait pu naître homme et chaque homme aurait pu naître femme. Alors, pourquoi se faire la vie dure les uns les autres ?

Tout simplement parce que nos modèles de sociétés ont évolué. L’esprit marchand et le culte de la compétivité se sont imposés comme modèles de sociétés. Les femmes, du coup, se retrouvent une fois de plus face à un paradoxe difficilement surmontable. Etres mères et épouses à la fois tout en s’efforçant de se plier aux lois du marché qui leur demandent non seulement d'être compétentes, mais aussi de plaire.

Le monde de demain s’ouvrira avec de nouveaux paradigmes pour les femmes. Les femmes sont leur propre espoir, elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes pour changer la société. Chaque fois que nous faisons progresser nos droits à toutes, l'humanité fait un pas vers un monde plus juste...".

Je voudrais conclure mon intervention en lançant un message solennel à toutes les femmes de La Martinique en les invitant à s’inscrire durablement dans la vie publique (politique ou associative). Dans chacune des activités dans lesquelles vous vous inscrirez, efforcez-vous de l’exercer au meilleur niveau, en recherchant toujours l’excellence et l’efficacité, avec la conscience de l’importance de votre tâche. Bien sur, tout en essayant de concilier au mieux vie professionnelle et vie familiale.

C’est à ce prix que les mentalités évolueront et que la femme de demain trouvera sa vraie place dans notre société.

Mes chers amis, chère population de Saint-Joseph, pour terminer, je veux vous souhaiter une très bonne fête, je veux vous dire  combien il m’est agréable d’entretenir avec vous cet esprit de partage.

Bonne fête à tous dans la joie, la convivialité, la sobriété !

Vive Saint-Joseph !

Vive la Martinique !