Affaire des quotas dans le football professionnel

 

M. le président. La parole est à Mme Jeanny Marc, pour le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.

 

Mme Jeanny Marc. Ma question s’adresse à M. le Premier ministre, garant des valeurs de la République, quand bien même il ne daignerait pas y répondre. (Murmures sur les bancs du groupe UMP.)

 

Nous avons tous été particulièrement fiers des victoires de l’équipe de France de football en 1998, lors de la Coupe du Monde, puis en 2000, aux Championnats d’Europe. Ces Français victorieux ne jouaient pas avec des maillots bleu clair ou bleu foncé, mais avec le même maillot bleu France.

 

Unie, la France a toujours été plus forte.

 

Au moment où le pays est confronté à une importante crise sociale, qui continue inexorablement à creuser le fossé des inégalités, votre majorité présidentielle, impuissante face aux vrais problèmes de nos concitoyens, a lancé de toute urgence un débat électoraliste nauséabond sur l’identité nationale.

 

M. Jean-Marc Roubaud. Oh !

 

Mme Jeanny Marc. Et justement, à force de jouer avec le feu, on se brûle ! En guise de nouvel écho à ce débat qui classifie les Français, le scandale autour des quotas colorimétriques n’est rien d’autre que l’enfant adultérin de la mauvaise semence de vos choix iniques. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SRC.)

 

Monsieur le Premier ministre, le véritable courage politique consisterait à assumer le métissage culturel d’une France universelle riche de sa diversité et ouverte sur le monde. Ce débat qui secoue aujourd’hui notre société est particulièrement douloureux pour tous ceux qui sont attachés aux valeurs de la République.

 

Vous comprendrez bien que je ne puisse me satisfaire de la réponse de Mme la ministre des sports.

 

Premièrement, elle ne pouvait ignorer les débats de fond qui secouent le football français.

 

Deuxièmement, et c’est bien là le véritable scandale, elle ne s’est pas assurée que les missions et les valeurs du sport étaient honorées, alors que la Fédération française de football a reçu une délégation de service public pour gérer, organiser et encadrer la discipline.

 

Monsieur le Premier ministre, quels engagements allez-vous prendre pour refonder le lien social et redonner confiance dans la République ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)

 

M. le président. La parole est à Mme la ministre des sports.

 

Mme Chantal Jouanno, ministre des sports. Madame la députée, comme je l’ai indiqué hier devant votre assemblée, les conclusions de la mission indépendante du ministère des sports comme celles de la mission conduite par votre collègue Patrick Braouezec, député communiste, sont absolument identiques : il n’y a pas de faits matériels permettant de conclure à la mise en place d’une politique discriminatoire au sein de la Fédération française de football. Ses dirigeants n’ont jamais acté une telle politique.

 

Permettez-moi de vous retourner la question. Nous avons, cette année, rendu obligatoire dans toutes les fédérations une charte de lutte contre les discriminations. Pourquoi n’y avez-vous pas pensé ? Pourquoi ne l’avez-vous pas proposé ? (Exclamations sur les bancs des groupes SRC et GDR.)

 

Nous avons créé un comité de lutte contre les discriminations, qui sera établi le 16 mai. Pourquoi ne l’avez-vous pas proposé ? (Mêmes mouvements.)

 

J’ai suggéré à la Fédération de créer un observatoire indépendant pour faire le point sur les cas de discrimination et de communautarisme au sein du football. Cela aussi, c’est une proposition que vous auriez pu faire. (Mêmes mouvements.)

 

Vous oubliez, et c’est ce que je trouve particulièrement indécent, que le football est un très grand vecteur d’intégration ; c’est le sport qui aujourd’hui intègre le plus. Il est tout aussi indécent d’utiliser les valeurs du sport à des fins purement politiciennes. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe SRC.)

 

M. Bernard Roman. Lamentable !